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Patrimoine local

Journées du Patrimoine : à nouveau, deux jours d’intéressantes visites, dans notre territoire

Par : 
Michel Kohn

Nous sommes retournés à Poissy, où les bâtisseurs médiévaux de la Collégiale de l’année dernière avaient été remplacés par les élus et la population de la commune, inaugurant leur nouvel Hôtel de ville en 1937. Alors que nos autres visites se situaient, en 2016, sur la rive droite de la Seine (Meulan-en-Yvelines, Carrières-sous-Poissy et Conflans-Sainte-Honorine), ce sont Les Mureaux et Médan qui en ont été le cadre, cette année.

Deux visites proposées par le service culturel de la commune des Mureaux ont occupé chacune des matinées du week-end des Journées du Patrimoine 2017. L’après-midi du samedi a été passé sur la place de la République de Poissy, devant le bâtiment qui abrite la mairie depuis 80 ans et à l’intérieur. Dimanche après-midi, pendant la brocante de Médan, nous avons visité l’exposition présentée par l’association d’histoire locale.

La deuxième inauguration de l’hôtel de ville de Poissy

La municipalité de Poissy nous avait conviés à nous replonger dans les années 1930, à l’occasion du 80ème anniversaire de l’inauguration de l’Hôtel de ville. L’après-midi devait commencer par un moment fort : la reconstitution de l’inauguration du bâtiment. Le retard du début de la cérémonie nous a permis de profiter des animations sur la place et de voir l’intéressante exposition de grandes photos des événements marquants et de l’urbanisme de cette époque, issues des collections du Cercle d’Etudes Historiques et Archéologiques (CEHA) et d’Olivier Delas, l’actuel président de l’Office du tourisme. D’anciens métiers y étaient évoqués par des personnages costumés et des démonstrations : vitrier, cardeur, laitier sur sa charrette tirée par deux chevaux...

Une voiture ancienne, des cyclistes et une équipe des actualités cinématographiques, qui attendait de pouvoir réaliser son reportage, complétaient le tableau. L’atelier numismatique du CEHA proposait, sur son stand, la frappe de médailles commémoratives. Un groupe de musique associatif, remplaçant la fanfare de 1937, a animé la deuxième partie de l’après-midi. Le maire de Poissy et le ministre sont arrivés pour des allocutions, avant de couper le ruban tricolore.

Karl Olive a, parfaitement joué, le rôle de René Tainon, son prédécesseur de 1935 à 1941. Entouré de plusieurs conseillers municipaux, d’acteurs et de nombreux figurants, costumés comme lui, il a procédé à cette nouvelle inauguration, filmée par une caméra, peu mobile en raison de sa dimension et de son poids.

Reprenant sa fonction actuelle, il a ensuite inauguré l’expositition "L'Hôtel de ville fête ses 80 ans !", sur le balcon intérieur de l’Hôtel de ville. Préparés par le service des Archives communales, ses divers panneaux montrent clairement, jusqu’au 6 novembre, les différentes étapes de l’histoire de ce lieu, en commençant par l’ancien marché aux moutons, où le bâtiment a été érigé. Le maire a remis les prix du concours de photos "L’Hôtel de ville prend la pose !", qui avait été organisé par l’Office de tourisme.

Ensuite, nous avons participé à une visite « insolite », commentée par Florence Xolin, adjointe déléguée au patrimoine, au tourisme et aux nouveaux jumelages, qui nous a conduits en des lieux peu connus de ce bâtiment. La visite a été animée, en trois endroits, par des comédiens de quatre compagnies de théâtre pisciacaises.

Aucun trou de mémoire ne nous empêche de mentionner la pièce en un acte qui a, particulièrement, amusé  les visiteurs dans la salle de l’ancienne bourse du travail : une réunion de crise d’une coopérative ouvrière, rassemblant le couple des patrons et ses ouvriers pratiquant le métier de troueur de passoires.

Des découvertes

Nous avons, notamment, vu le cagibi qui servait de « salle de dégrisement ».

Dans la salle des mariages, ressemblant à une chapelle, nous avons pu constater que deux des trois tableaux de la toile, évoquant la venue à Poissy de la poétesse Christine de Pizan, avait été inversés lors de leur transfert depuis la salle des délibérations, qu’ils décoraient à l’origine. 

Nous ne doutons pas, après la rénovation du hall de l'Hôtel de ville, que le conseil municipal décidera de les faire intervertir. Le maire a, chaleureusement, accueillis, les participants dans son bureau, orné de nombreuses photographies qu’il nous a présentées (divers sportifs locaux et des personnages importants pour lui, tels que le Général de Gaulle et Nelson Mandela). 

Alors que Karl Olive nous avait reçus sans cérémonie, nous avons été étonnés de passer devant les bureaux de deux services, hérités du passé mais ne datant peut-être pas de 1937 comme l’édifice : le service du protocole et celui des appariteurs !

Des regrets

Malheureusement, l’heure de début et le temps de la visite annoncés n’ont pas été respectés, de sorte que nous n’avons pas pu visiter les coulisses du théâtre, comme nous l’avions planifié. De plus, après la rencontre, appréciée mais peut-être non prévue, avec le maire dans son bureau, notre moitié du groupe de la visite n’a pas pu assister à la troisième saynète, reconstituant une réunion houleuse du conseil municipal.


Deux sites historiques des Mureaux, peu connus en dehors de la commune

Dans cette ville, dont l’urbanisation a fortement modifié l’aspect et la population, existent encore des lieux rappelant le temps où y venaient en villégiature des personnages alors célèbres, puis des pratiquants des sports nautiques. Nous ne pouvons pas décrire ici, de manière détaillée, les deux visites, préparées et guidées par Patricia Kabuya de la Direction de l'action culturelle de la Ville des Mureaux ; chaque site mériterait qu’un article historique lui soit, ultérieurement, consacré.

Le château de Bècheville

La visite du samedi matin nous a fait découvrir un élément, bien conservé, du patrimoine muriautin. L’ancien fief de Bècheville qui, avant la Révolution, appartenait aux seigneurs des Mureaux, a fait l’objet de multiples fractionnements et de diverses constructions. Non loin de tours et de barres de logements, se trouve une partie de ce domaine, préservée mais un peu difficile à trouver, si l’on ne cherche pas précisément le Conservatoire Gabriel-Fauré qui est installé dans le château du XIXe siècle. Notre navigateur GPS ne connait pas la rue Henri-Parent, qui s’y trouve. Elle porte le nom de l’architecte qui a construit, aménagé et décoré le château entre 1855 et 1865.

Celui-ci, sur quatre niveaux, est composé de parties de différents styles, principalement Louis XIII (façades de briques claires avec chaînage de pierres de taille, toiture très pentue). Le premier propriétaire était Napoléon Daru, pair de France, député et ministre, dont le père, Pierre Daru, comte d’Empire, avait possédé le domaine où n’existait qu’une « maison des champs ». Nous avons pu emprunter l’escalier monumental, orné d’un imposant lustre, pour visiter quelques pièces.

Derrière des instruments de musique, nous avons admiré les décorations qui ont retrouvé leur aspect d’origine : cheminées Empire, boiseries et peintures du XVIIIe siècle.
 

Des découvertes

Nous avons, notamment, appris qu’Henri Beyle, dit Stendhal, était un cousin de Pierre Daru qui l’invitait dans sa maison de campagne ; il avait profité d’un de ses séjours pour courtiser l’épouse du propriétaire. 

Au dessus de portes, des décorations, représentant des instruments de musique, préfiguraient l’utilisation actuelle du bâtiment.

Une suggestion

La visite a été entrecoupée de plusieurs évocations des propriétaires successifs, tout particulièrement du dernier seigneur, Randon de Lucenay, et de la famille Daru, au cours desquelles la sympathique « guide » a présenté quelques photos. Nous renouvelons notre suggestion de l’année dernière, à propos d’autres visites, qu’un long parcours dans un bâtiment ou dans un quartier soit précédé, entrecoupé ou suivi par une vidéoprojection ; celle-ci permettrait à l’animateur ou à l’animatrice de bien présenter les documents illustrant ses propos sur l’histoire du lieu, les participants étant confortablement assis.


Les clubs de voile de la rive de la Seine

La visite du dimanche matin était également organisée par Patricia, dans un lieu qui perpétue les loisirs nautiques du début du XXe siècle. Ce sont, toutefois, le président du Cercle de la Voile de Paris (CVP) et celui du Yacht Club de l’Île-de-France (YCIF) ainsi que son prédécesseur qui ont narré l’histoire de ces deux célèbres clubs, toujours en activité. Ils sont situés au début de la voie Robert Arnauld qui conduit à l’Île de loisirs du Val de Seine à partir de la rue Albert-Glandaz ; ce nom est celui d’un vice-président du Yacht club de l’Île-de-France, pratiquant de la voile et de l’aviron au début du XXe siècle, qui a fondé plusieurs associations nautiques et touristiques et a été membre du CIO. La voie verte ne s’étend que sur quelques kilomètres mais il s’agit d’une réalisation exemplaire, qu’il faudrait prolonger jusqu’à Poissy et Achères.

Le bassin nautique que constitue la Seine, large de 250 m en ce lieu, mérite d’être mieux connu après l’annonce des Jeux olympiques de 2024 à Paris : il avait été le cadre des épreuves de voile des JO de 1924.

Nous ne pourrons pas, ici, évoquer les divers bateaux de ces clubs, notamment les monotypes dont ils sont à l’origine.

Des découvertes

Les deux clubs ont eu la même histoire initiale et la même destination : ils s’installèrent aux Mureaux après avoir été implantés en d’autres lieux de la Seine, en amont. Le premier venait d’Argenteuil où un nouveau pont gênait la navigation fluviale, le second de l’île des impressionnistes à Chatou, dont le site trop étroit ne permettait pas l’expansion du club. Tous deux bénéficièrent de la générosité d’un mécène, membre du club, notamment pour la construction de leur nouveau club house : pour le CVP, ce fut le peintre Gustave Caillebotte, qui dessina les plans de l’élégant bâtiment, construit sur pilotis, portant la date de 1858, celle de la fondation du club. 

Pour le YCIF, le financier ne fut pas le couturier Paul Poiret, qui a dessiné le pavillon du club, mais Armand Esders, industriel du textile qui a participé à l’essor de Deauville. Toutefois, ce n’est pas son premier club house que nous pouvons voir aujourd’hui. 

En effet, les destins des deux clubs divergèrent pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’ils étaient proches de l’aérodrome des Mureaux et d’une usine d’armement. Les installations du Yacht Club d’Île-de-France furent, entièrement, détruites par des bombardements alors que celles du Cercle de la Voile de Paris furent préservées. Son club house avait été choisi, comme lieu de résidence, par des officiers de la Luftwaffe, dont certains, pratiquants de la voile, avaient eu l’occasion d’y être invités pour des compétitions sur la Seine.

Des regrets

Heureusement, le temps ensoleillé nous a permis de faire le tour complet des bâtiments. Nous aurions apprécié de pouvoir y pénétrer pour les visiter ; nous pourrons revenir pour prendre un repas dans le restaurant du Yacht club francilien, qui est désormais ouvert à tous.

Cette visite avait été annoncée par la mairie des Mureaux avec cet intitulé : « La belle époque de la plaisance, avec la baronne Théolone". Malheureusement la théâtralisation prévue n'a pas été réalisée, en l’absence de la baronne qui n’aurait pas reçu, à temps, sa robe.


Histoires d’eau à Médan

Certains peuvent regretter que la traditionnelle brocante de Médan soit maintenue le dimanche des Journées du Patrimoine. En fait, c’est un avantage pour la jeune association « Médan d’hier et d’aujourd’hui », qui présentait des résultats de ses recherches, pendant deux jours dans la salle Maeterlinck.

Les personnes parcourant les rues du village ont pu, quelques instants, interrompre leur quête d’objets d’hier pour retrouver les traces de son passé « aquatique ».

A travers les textes et les photos de nombreux panneaux, la Seine était très présente, avec les loisirs qu’elle a favorisés, notamment en deux lieux de l’île de Platais : Physiopolis et la Plage de Villennes. L’eau, source et auxiliaire de vie, des puits, des abreuvoirs et des lavoirs constituait le sujet d’une autre partie de cette exposition, très complète.

Nous avons, particulièrement, apprécié l’animation apportée par une vidéo, présentant d’anciennes photos de multiples origines, avec un agréable accompagnement sonore, et par la présentation de nombreux objets qui étaient utilisés pour laver et repasser le linge.

Nous n’avons pas assisté à une reconstitution d’une lessive à l’ancienne dans un lavoir voisin ; celle-ci avait eu lieu, en avril dernier, pour une classe de l’école Emile Zola. Les jeunes élèves ont participé à l’essorage du linge, avec les conseils de la « Mère Annie » qui reproduisait les gestes des lavandières d’autrefois.

Différentes approches de la mise en valeur du patrimoine

Seules les plus grandes villes, telles que Poissy et Les Mureaux, disposent d’un service culturel ou d’un élu en charge du patrimoine, qui peuvent organiser des animations des Journées du Patrimoine. De plus, les Offices du tourisme de Poissy et de Conflans-Sainte-Honorine, dorénavant gérés au niveau de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise, contribuent activement à faire connaître le patrimoine de leur ville et des environs.

Les animations des plus petites communes, comme Médan, sur les thèmes de l’histoire et du patrimoine reposent sur les associations locales. Le service culturel des Mureaux, qui s’est investi dans l’organisation de plusieurs visites, a fait appel aux dirigeants de deux associations ; toutefois, ce sont elles qui faisaient l’objet des visites, pour faire connaître leur histoire. La ville de Poissy, qui a elle-même organisé les visites de son patrimoine, a demandé à des associations locales (compagnies de théâtre, groupe musical...) de les animer. De plus le maire, son adjointe au patrimoine et au tourisme ainsi que d’autres conseillers municipaux se sont fortement impliqués, en se mettant en scène.

C’est ainsi que nous concevons la mise en valeur du patrimoine : il ne suffit pas de décrire des sites historiques, en les faisant parcourir. Une exposition de photographies et de documents anciens ou leur vidéoprojection complétera, avec intérêt, l’information des visiteurs. Il faut également faire revivre tous ceux qui ont construit ces bâtiments et y ont vécu : la théâtralisation retiendra l’attention des participants, encore plus si l’humour est présent, et pourra attirer un public peu intéressé, jusque-là, par l’évocation du passé.

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