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Parcs urbains

Le Parc du Peuple de l'herbe : de vieilles ficelles pour une nouvelle génération de parcs

Par : 
Rodrigo Acosta

Sous un soleil étouffant, le 22 juin, étaient, notamment, présents M. Christophe Delrieu, maire de Carrières-sous-Poissy et vice-président de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise, et Mme Joséphine Kollmanns-Berger, maire de Plaisir et vice-présidente du Conseil départemental des Yvelines ; celle-ci a présenté à la presse  les grands axes de ce projet ambitieux qui prétend répondre aux enjeux environnementaux, culturels et touristiques dans les Yvelines.

Avec un an de retard, le Parc du Peuple de l'herbe va ouvrir ses portes au public yvelinois le 24 juin : c'est une sorte de Luna Park à la française sur un sol minéralisé à outrance. Il s'agit du plus important équipement public, dit parc urbain, dans les Yvelines ;  assis sur 113 hectares au bord de la Seine, il est censé être l'alpha et l'oméga de la valorisation du territoire.

Un espace sensible au bord de la Seine

Mené avec le Conseil départemental des Yvelines, l’EPAMSA, la feue Communauté d’agglomération Deux Rives de Seine et l’Etablissement public foncier des Yvelines, ce projet visait à la sauvegarde des bords de Seine, de ses paysages et de ses richesses faunistiques ainsi que sa promotion auprès d’un large public. La protection et la mise en valeur des berges de Seine en tant que poumon vert sont un enjeu local (Ville de Carrières-sous-Poissy et les communes voisines) mais aussi départemental. En effet, la création de ce parc répondait à plusieurs objectifs du SDADEY (schéma d'aménagement pour un développement équilibré des Yvelines) et du projet Seine Park dans le cadre de l’Opération d’Intérêt National Seine Aval. Le financement a été assuré par le Conseil départemental des Yvelines (14 M€), la Communauté d’agglomération Deux Rives de Seine et la Ville de Carrières-sous-Poissy (3 M€). La maîtrise foncière était déjà en partie assurée par l’EPFY.

En juillet 2011, l’équipe chargée de la conception du futur parc récréatif et paysager des bords de Seine avait retenu une approche ludique en plaçant l’insecte au cœur de son projet, d'où l'idée de s'associer avec l'Office pour les insectes et leur développement. Il faut savoir que toute cette zone était classée ZNIEFF, autrement dit Espace Naturel Sensible pour la faune et la flore. Comme prévu, une bande active a été aménagée avec des espaces récréatifs et des petites constructions étonnantes, mettant en avant la richesse faunistique et floristique des lieux. L’Espace Naturel Sensible central, composé notamment de l’Étang de la Vieille Ferme et de l’Étang de la Galiotte (véritable « patrimoine naturel » immortalisé par le photographe Yann Arthus-Bertrand), a fait l’objet d’un aménagement paysager et écologique. Un lien avec la Seine a été créé par une grève alluviale ouvrant le parc sur le fleuve.

Un concept innovant

Alexandre Moret, paysagiste de l'agence Terre, maître d'œuvre pour le commanditaire principal, le département des Yvelines, a souligné, lors de cette conférence de presse, le caractère innovant de ce parc urbain : « La grève alluviale va permettre d'atténuer l'impact des inondations de la Seine. [...] Le concept, dit ilôt-marne, permet de relier toute une série de lieux entre l'Etang de la Galiotte et celui de la Vieille ferme. » (NDLR : près de la Marina Saint-Louis, au centre d'une polémique, depuis 2010, entre les autorités compétentes et les habitants de la zone impactée par un futur port industriel, qui sera juste à côté du Parc du Peuple de l'herbe).

Certes, les travaux, qui ont démarré en 2013, ont pris un chemin tortueux en raison du manque de concertation avec les riverains qui avaient dénoncé, à l'époque, « un massacre écologique ».(1) En outre, des actes de vandalisme et d'incivilités ont causé tort à ce projet qui se cherche dans les méandres de la Seine by night. « Un Jurassic Park » (2) est le surnom  de ce parc urbain de nouvelle génération, donné par des riverains.

Clôturer ou non

Ce parc a été largement financé par des fonds européens et nationaux. C'est un investissement très important (entre 17 et 25 millions d'euros, selon les sources) qui restera dans les annales de l'histoire locale. Aucun mot a été prononcé sur la question qui fait débat.(4) Le budget de fonctionnement sera assuré partiellement par la communauté urbaine (180 k€ par an), par le département des Yvelines (150 k€ par an) et par la ville de Carrières-sous-Poissy (120 k€ par an). Avec la construction d'une passerelle entre Carrières-sous-Poissy et Poissy et l'arrivée d'EOLE, les promoteurs de cet équipement public attendent de nombreux visiteurs. Toutefois, les problèmes majeurs sont le vandalisme et l'insécurité (3); afin de les limiter, la fermeture nocturne de ce grand parc public s'imposera, même si les autorités publiques ne le veulent pas actuellement, en raison du coût (180 k€). En effet, la société "paradoxale" du XXIe siècle cherche le beurre et l'argent du beurre, comme le Français moyen.

Des projets incompatibles avec un parc paysager

Si le Parc du Peuple de l’herbe est un atout pour le territoire, certains projets prévus sur son emprise ou dans sa continuité directe sont totalement incompatibles avec ses objectifs et viendraient porter une atteinte grave et durable à la vocation paysagère et récréative de cet aménagement. Le projet le plus imminent est celui prévoyant la création d’un port industriel de retraitement de déchets en continuité directe du parc. Alors que le site est actuellement occupé par une marina de plaisance, qui offre une ouverture sur la Seine et sur les milliers de touristes qui y naviguent chaque année, les élus s’obstinent à vouloir supprimer la plaisance au profit de l’industriel.

Cette volonté est d’autant plus regrettable, que le projet de port industriel a reçu un avis défavorable du commissaire enquêteur, principalement motivé par les risques qu’il présenterait pour les populations riveraines et par la disparition de l’activité de plaisance.

Le 24 juin, citoyens et associations demanderont l’abandon définitif du projet de port industriel de retraitement de déchets, dénommé trompeusement « Eco-Port » !

Autre projet totalement incompatible avec le parc, le prolongement de l’autoroute A104 en zone urbanisée.

Relégué au rang des secondes priorités de l’Etat en 2014, le tracé vert, retenu pour la réalisation du prolongement de l’A104, n’en est pas pour autant abandonné.

Si cet aménagement autoroutier devait voir le jour, outre l’impact désastreux sur les dizaines de milliers de riverains, le Parc du Peuple de l’herbe se trouverait éventré par un axe routier défigurant à jamais le paysage et détruisant tout bénéfice écologique que devrait permettre le parc.

Le 24 juin, citoyens et associations demanderont l’abandon définitif du tracé vert retenu pour le prolongement de l’autoroute A104 en zone urbanisée !

L’inauguration du parc sera l’occasion pour les associations de vanter les bienfaits et les atouts de cet aménagement, tout en rappelant la nécessité de revoir la manière globale de développer notre territoire au travers de projets alternatifs plus écologiques et plus cohérents.

Rendez-vous le samedi 24 juin à 18 h, rue du Docteur Marcel-Touboul - 78955 Carrières-sous-Poissy.

* Associations appelant à la mobilisation : Collectif des Riverains du Parc du Peuple de l’herbe, Rives de Seine Nature Environnement, ASAEECC, Non au Pont d’Achères, APTERS, Association de l’île de Villennes, Villennes Initiatives et Expressions, Les Amis de Triel, Triel Environnement, Bien Vivre à Vernouillet

 

Chiffres clés et information utile :

- 113 hectares de nature préservée

13 km de chemins pour les piétons et les cyclistes

360° de vue imprenable
à 13m du sol depuis l’Observatoire

2,8 km de berges

- entre 17 et 25 millions € investis par les autorités compétentes : Europe, Région, Etat (via Eau Seine Normandie), Région, Département, Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise, ville de Carrières-sous-Poissy.

- Parc du Peuple de l’herbe - 718 rue du Docteur Marcel-Touboul 78955 Carrières-sous-Poissy
A 10 min à pied de la gare de Poissy - RER A depuis Paris / Bus : Ligne n°1 & n°2

 

Notes

1. http://www.journal-deux-rives.com/actu/04699-parc-peuple-lherbe-voyage-f...

2. http://www.journal-deux-rives.com/actu/06686-parc-peuple-lherbe-jurassic...

3. http://www.journal-deux-rives.com/actu/06305-parc-peuple-lherbe-lenvers-...

4. Outre Mme Joséphine Kollmanns-Berger, maire de Plaisir et Christophe Delrieu, Maire de Carrières-sous-Poissy, étaient présents :
- Alexandre Moret, Agence TER (conception paysagère)
- Matthias Armengaud , Agence AWP (architectes / Maison des insectes et Observatoire)
- Samuel Jolivet, directeur de l'Office pour la Protection des insectes et de l'environnement (Opie)
- Isabelle Chatoux, Chef de projet Parc du Peuple de l'herbe (Conseil départemental des Yvelines)
- Véronique Brondeau, Directrice du Parc du Peuple de l'herbe (Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise).

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