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Législatives 2017

Coup de balai salutaire, tsunami dévastateur ou simple changement d’acteurs...

Par: 
Claude Barouh

La démocratie française vient de recevoir un coup : que ce soit celui du balai (parfois salutaire) ou celui du lapin (souvent mortel), toujours est-il qu’ont été éliminés du jeu des chaises musicales parlementaires bien connues un certain nombre de mauvais et quelques bons.

Pour les sortis, fini le confort de la Chambre, fini les contacts formels avec le terrain rarement suivis d’effets positifs, fini les discours préfabriqués, souvent incompréhensibles face à l'objectivité de médias (présumés) complaisants ou (considérés comme) hostiles. Après une période d’indispensable mais problématique autocritique rédemptrice, certains, habitués à parler haut et mépriser leurs adversaires devront passer par l’épreuve de l’opposition.

Place aux autres, les nouveaux venus, confortablement élus malgré (ou à cause ?) d’une abstention fâcheusement pléthorique. Ces petits nouveaux n’ont pas leur expérience revendiquée, n’ont pas encore pratiqué l’autosatisfaction de leurs prédécesseurs ni leur langue de bois convenue et souvent intraduisible. Tant mieux ! A chacun son tour d’affirmer sa légitimité, d’acquérir des compétences et surtout pratiquer le rôle essentiel qui lui a été accordé (provisoirement) : être de vrais représentants du peuple et non les godillots d’un pouvoir central même s’il est aussi légitime qu’eux. La Ve République n’est pas née présidentielle, ce régime ne l’est devenu que par une pratique dévoyée par ceux-là mêmes qui devaient conserver au moins une part de vrai parlementarisme.

Avec une Assemblée nationale très fortement dominée par de nouvelles personnalité,s espérons que, malgré tout, un rééquilibre s’installe durablement. Rêvons un peu. Tant mieux si de nouvelles têtes apparaissent (notamment de la société civile) mais sauront-elles résister à la tentation du suiviste, aux promesses non tenues, au miroir aux alouettes d’éphémères portefeuilles ou aux désillusions qui suivent les renoncements. Evoquer ces dérives politiciennes c’est déjà les craindre ou pire les envisager... Car un constat frappant s’impose : le peuple aussi est en marche !

Les idées de changement ne sont pas venues que d’en haut, la vague moutonnière est heureusement constituée d’innombrables électeurs exigeants qui se sont déplacés (eux), sans illusions mais pleins d’espoirs et les nouveaux élus doivent immédiatement et durablement en prendre conscience. Ils ont une énorme responsabilité maintenant : réussir à réformer sans déformer tout en prenant garde au fameux troisième tour qui peut mettre dans la rue ceux-là, même, qui les ont élus, parfois sans connaitre, comprendre et accepter totalement les changements qui s’annoncent inéluctablement. Car l’envie de démocratie directe subsiste malgré les apparences et l'opposition (rancunière) veille comme les faux alliés de l'avant-dernière heure.

Ce n’est plus un homme ou une équipe qui sera responsable, ce ne sont que les petites mains chargées de la mise en œuvre. Ils se seront trouvés au bon endroit au bon moment et promus à cause de l’incompétence et/ou de l’irresponsabilité collective de leurs prédécesseurs. C’est le peuple (encore et toujours souverain !) qui aura plébiscité un président et conforté son pouvoir en élisant une Chambre étanche qui devra voter l’ouverture des voies (voix ?) du changement : les ordonnances d’abord puis des lois ensuite.

Deux légitimités populaires, voilà le paradoxe démocratique que la Constitution soixantenaire impose au peuple et aux gouvernements français successifs. S'ajoute cette fois l’obligation incontournable de réussite car, en cas d’échec, l’envie d’autorité peut conduire le pays vers des extrêmes ravageuses et bien peu démocratiques qui jusqu'à maintenant ont échoué pour des raisons qu'il faudrait analyser sociologiquement et non politiquement. Ces forces réelles ne se heuteront pas toujours au fameux plafond de verre que la vox populi peut faire exploser (voir les dossiers de l'Histoire).

Toutefois il est à penser que ce n’est ni voulu par le plus grand nombre ni inéluctable. Bon vent et bonne chance donc au nouvel équipage qui vient d'investir le vaisseau du palais Bourbon pour prendre un nouveau cap, espérons que cette fois c'est le bon.

 

V120617

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