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Législatives 2017

La 7e circonscription sortira-t-elle indemne de la vague macroniste ?

Par : 
Rodrigo Acosta et correspondants

La bataille législatives dans la 7e circonscription des Yvelines est quasiment terminée et certains s'interrogent sur l'issue. Va-t-elle rester à droite ? La marée En Marché ! va-t-elle déferler et dépasser les digues de la droite pépère du nord des Yvelines ? Une certaine forme de « dégagisme » va-t-elle se produire et à qui profiterait-elle ? A quelques jours de ce scrutin national, des citoyens se posent la question de la primauté des enjeux locaux dans ce combat politique. Dans notre analyse, nous examinons les chances de quatre candidats : Arnaud Richard, Christian Taillebois, Michèle de Vaucouleurs et Ghislaine Senée ; dans ce but, nous prenons en compte leurs campagnes dynamiques à la fois sur les réseaux sociaux et, surtout, sur le terrain.

Article accèssible à tous.

Depuis 2010, Arnaud Richard, député sortant, a bénéficié d'une trentaine d'articles du J2R - pas tous élogieux - mais ces articles ont imprimé la vie politique locale : on est passé d'une fascination à un regard critique(1) car Arnaud Richard n'a pas réussi à nous convaincre par sa tiédeur sur des questions de fond (laïcité, mariage pour tous, immigration...) et son absence critique dans les dossiers locaux (Port de Triel, Roms de la Plaine, réfugiés de Triel, forêt de l'Hautil, gouvernance de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise). Son bilan n'est pas du tout convaincant, mais cela est du, en partie, au fait qu'il était dans l'opposition au niveau national. A cela s'ajoute son manque d'audace : vouloir prendre la ville de Triel face à un élu de droite et pourtant "ami" politique, après un échec à Meulan, était une erreur stratégique majeure de a mandature.

Les paris sont ouverts malgré l'enjeu national

Même son parrain politique, Pierre Cardo, est devenu sceptique sur le succès de la candidature Richard en 2017. Selon les sources du J2R, l’ancien député-maire de Chanteloup-les-Vignes a souligné, en privé, le 7 juin 2017, tout ce qui ne va pas dans la campagne d'Arnaud Richard, député sortant : « Les gens pensent qu’il ne s’occupe pas assez de sa circonscription, même s'il est bien présent à l’Assemblée nationale. On le voit surtout au moment des élections. Il n’aime pas être coincé donc il évite de prendre des positions [politiques] ; un chef de guerre doit s’engager. » Lors de la requête de M. Richard pour la création d'un comité de soutien avec Pierre Cardo comme président, celui-ci lui a répondu « À part le soutien des élus locaux, qu’est ce que tu apportes de plus, pourquoi veux-tu mon soutien ? Qui va voter pour toi ? Tu dois compter sur toi, pas sur les autres. Pourquoi veux-tu mon soutien ? Tu n’auras pas le soutien des Mélenchon, des écolo... » C'est une vraie leçon de politique pour un héritier qui a, semble-t-il, gaspillé son temps sans pour autant montrer des résultats probants(2).

Par conséquent, l'élection est, plus que jamais, ouverte en raison de l'arrivée de la vague (déferlante ?) du mouvement En Marche ! qui est devenu La République en marche (REM). La 7e circonscription va-t-elle rester à droite ? La marée En Marché ! va-t-elle déferler et détruire les digues de la droite pépère du nord des Yvelines ? Des sondages au niveau national prédisent une majorité présidentielle forte dans la suite logique de la Ve République. Selon Le Monde, "Les élections législatives devraient se traduire par un renouvellement inédit de la composition de l'Assemblée nationale"(3). Le PS et Les Républicains ont intégré la débandade générale et espérent sauver quelques députés ici et là. Le risque est réel de voir une assemblée trop monocolore (godillot) et sans véritable opposition. Justement, comment chosir le/la député(e) de la 7e si l'on sait que "tout est déjà joué" ? Le 23 mai, la candidate En Marche !, Michèle de Vaucouleurs, a souligné la nécessité de donner "le pouvoir à M. Macron" afin de refonder la République "avec une moralisation de la vie publique". Se présentant avec sincérité, Mme de Vaucouleurs portera les enjeux phares du territoire afin de "mettre du bon sens" dans les décisions qui seront "prises dans le respect de l'image du territoire"(4)Sympathique, mais pure langue du bois !

Primauté des enjeux locaux

Ainsi, l'enjeu national, le nombre de députés En Marche !  à l'Assemblée nationale, ne devrait pas influencer le choix des citoyens de la 7e circonscription. Ce qui importe, à notre avis, c'est le positionnement local du député sur certains dossiers évoqués ci-dessus. Mme De Vaucouleurs ne connaît rien sur ces dossieurs capitaux. Pis, elle a toujours été favorable à l'A104 entre Herblay et Orgeval au détriment du cadre de vie.

Christian Taillebois, élu andrésien, qui se veut de la "vraie droite", a fait campagne pour démontrer que le sortant n'est pas celui que l'on pense être. Certes, personne ne parie sur une victoire de M. Taillebois, mais il a fait une belle campagne de terrain avec des astuces médiatiques et en essayant d'occuper le terrain depuis trois mois. "Un candidat de convictions, nouveau, libre, enraciné", voilà une phrase choc de cette candidature qui a surpris tout le monde, même les "compagnons de route du saumon de Rouen". Si l’on suit le raisonnement de M. Taillebois, seuls les enracinés (lui-même et Mme Senée) peuvent se présenter à la législature. Une absurdité, n’est-ce pas ?

Christian Taillebois ne mentionne jamais son adversaire de droite par son nom. Il martèle plutôt des critiques acides sur son incapacité à remplir le rôle de député, sans conviction et prêt à changer de camp car "centriste UDI" et "macron-compatible". Les lettres "P" de paroisse et de politique se conjugent bien dans la politique de Christian Taillebois. Pendant les débats sur les enjeux locaux, M. Taillebois a montré qu'il est contre le bétonnage de notre territoire, contre la déviation RD 154, mais il reste muet sur la transition écologique et soutient une orthodoxie libérale en termes économiques. Tactiquement, il peut se poser en défenseur de la nature, sans plus.

Arnaud Richard avait soutéenu qu'il allait "empêcher la désorganisation urbaine qui résulterait des 30 % de logements sociaux voulus par une partie de la gauche"(5). Les projets tels le Port de Triel, la déviation de la RD 154 et l'explosion des constructions immobilières à Andrésy et à Triel démontrent que le député a été impuissant face à ces phénomènes. En outre, il n'a pas entendu les interpellations des associations ad hoc qui défendent l'écologie et la nature. Des exemples ne manquent pas à Triel, à Vernouillet, à Andrésy...

Quant à Ghislaine Senée, maire d'Evecquemont, sa candidature s'appuie sur la défense de certains principes qui reposent non seulement sur l'écologie politique, mais aussi sur une ardente nécessité d'utiliser la laboratoire du territoire pour accomplir la transition écologique. Selon elle, il est temps d'aménager réellement le territoire par la mise en œuvre, au niveau de la législature, de mesures pour accélérer l'utilisation des transports alternatifs à la voiture individuelle, pour économiser la ressource foncière pour l'usage agricole et naturel et, enfin, pour passer à une économie circulaire, fondée sur la coopération et non pas la compétition à outrance.  Mme Senée a été constante pour défendre le maintien de la Marina Saint-Louis en lieu et place du projet du Port industriel à Triel ; elle est favorable à un rééquilibrage entre les besoins de constructions nouvelles (logements) et la nécessité de garder des espaces de respiration. La santé, la pollution, les friches industrielles et commerciales sont en haut de son agenda politique. Cela a une certaine résonance avec les enjeux du territoire de la 7e circonscription.

Défi, se qualifier

Le handicap de Mme Senée est d’être (trop) attachée aux étiquettes « socialiste » et « gauche ». Mais le macronisme a, semble-t-il, basculé toute cette grille de lecture politique. Elle pourrait surprendre le microcosme politique et se qualifier au deuxième tour. Mme Michèle de Vaucouleurs surfe sur la vague Macron. Elle reste la favorite si l'on regarde les enjeux nationaux. Au niveau des enjeux locaux, elle est mal placée.  MM. Arnaud Richard et Christian Taillebois auraient pu travailler ensemble, mais la personnalité (politique) de l'un n'est pas compatible avec celle de l'autre et vice versa. C'est une détestation cordiale. Par conséquent, il est impératif que M. Richard prenne une avance d'au moins dix points pour pouvoir souffler et gagner à l'arraché au deuxième tour. Arnaud Richard, le sortant, a tout intérêt à ménager le surprenant Taillebois quel que soit le résultat d'une campagne âpre entre les deux factions de la "sacrée famille" de la droite et du centre dans la 7e circonscription des Yvelines.

Le macronisme ayant modifié la donne politique, le député sortant est dans une fragilité par rapport aux enjeux nationaux et locaux. La recomposition politique pourrait se traduire par un vote pour Mme Michèle de Vaucouleurs, adjointe au maire de Poissy. Toutefois, si l'on examine les enjeux locaux, Mme Ghislaine Senée, maire d'Evecquemont, pourrait créer la surprise par une triangulaire où tout serait à refaire.


Notes :

1. http://www.journal-deux-rives.com/actu/0117-arnaud-richard-depute-qui-sent-bien-chez-lui

http://www.journal-deux-rives.com/actu/02775-depute-richard-epingle-anticor

http://www.journal-deux-rives.com/actu/02296-face-cachee-candidat-ump-arnaud-richard

2. Demain, agir et protéger était le leitmotiv de sa campagne en 2012

3. Législatives : la carte du grand boulerversement, Le Monde, 6 juin 2017 (dossiers pages 8 à 10)

4. Voir la webtélé 2R

5. Document de la campagne de M. Richard de 2012.

 

V08617

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