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Présidentielle 2017

Double changement : d'air et d'ère

Par : 
Rodrigo Acosta

Emmanuel Macron a-t-il fait un hold-up politique ? Certains le pensent, mais il semble plus judicieux de souligner la nécessité pour la démocratie de vivre un double changement : un changement d'hommes (et de femmes) et de comportements et, surtout, un changement d'époque, la France étant au bout du rouleau. Quel sera l'impact de cette finale dans le paysage politique du nord des Yvelines ? L'incertitude prévaut !

"Une super OPA sur le pouvoir politique ! Une situation triste ! Une situation historique ! La fin du bi-partisme !" Tels étaient des titres de commentaires dans les grands médias du pays. Au-delà de ce premier constat, il est à noter que le paysage politique révèle un vrrai clivage : les gagants de la mondialisation/ouverture et les perdants de cette même inéroxable machine à faire des chômeurs et râleurs de tout poil. Avec les deux finalistes résultant de l'élection du 23 avril(1), Emmanuel Macron et Marine Le Pen, la démocratie française a démontré que l'heure du vrai changement est arrivée ! Pour quelle finalité ? C'est la question.

Le style du mouvement En Marche ! a forcémment changé la donne : des hommes et des femmes de tous horizons se sont réveillés pour éveiller la France. D'une manière optimiste et positive, ils allaient s'organiser pour prendre en main la destinée du pays. La force de la base semble avoir nourri les volontés de personnages et de personnalités (opportunistes sans doute) aux cénacles du pouvoir. "Paris vaut une messe", avait dit Henri IV. M. Macron a décidé de se lancer dans une conquête du pouvoir qui se joue désormais dans des batailles cathodiques et, parfois, avec des slogans "fourre-tout". Néanmoins, le mouvement En Marche ! a su s'adapter et adopter une ligne gagnante pour rendre possible et imaginable un rêve français au XXIe siècle.

Une marche inexorable vers l’Elysée

En deuxième lieu, M. Macron a réuni avec lui et pour lui tous les ingrédients pour réussir sa super OPA politique. Il fallait une conjonction assez rare des astres : la déroute de la gauche institutionnelle, la défaite morale de la droite républicaine et, surtout, la grogne du pays, notamment les délaissés pour compte de la ruralité et des zones en friche. En réalité, le monde change et cela a provoqué des réactions (repli identitaire, rejet du néolibéralisme à outrance), de protestation et de résistance. Emmanuel Macron et son équipe ont compris cela et ont jimaginé une série de réponses pour s'adapter à un auditoire multiple et parfois confus. L'aspect le plus déterminant a été une audacieuse méthode : un jeune de 39 ans tente de briguer la haute magistrature du pays ! Admettons-le, il y a du Dartagnan dans sa marche inexorable vers l'Elysée ! Son rassemblement a réussi quel que soit l'issue du 2e tour de l'élection présidentielle de 2017. Il y a, toujtefois, une exigence  : faire la place à une majorité de Français qui se trouvent portés par ces leaders nouveaux, dans cette nouvelle ère politique. Jean-Luc Mélenchon a été efficace de ce côté là mais il lui manqua une sorte de sagesse pour que la classe moyenne le suive sur des sentiers qui n'ont pas été explorés depuis 1789.

Quelles seront les conséquences sur le paysage politique local ? Il est indispensable de changer les visages des hommes et des femmes qui excercent des rôles de premier plan dans la politique yvelinoise. De nombreux habitants du département en ont assez de voir des hommes et des femmes politiques qui s'accrochent mais n'ont rien de nouveau à proposer.

Sans tomber dans le jeunisme, une place doit être donnée à une nouvelle génération de leaders politiques qui explorent d'autres horizons, ayant en perspective le monde hyper-complexe et interconnecté dans lequel nous vivons. Pierre Bédier, président du Conseil départemental des Yvelines, Arnaud Richard, Jean-Marie Tétart, députés de la 7e et 9e circonscription ont déjà appelé à voter Macron. Qui était fautif ? Le candidat LR François Fillon ou le programme ? Cette double question n'a plus aucun sens. Il importe de redresser non pas le pays, mais la droite républicaine qui est laminée par des crispations, par la trahison des fondamentaux (probité gaullienne...). La fébrilité a gagné chez les "Rep" et force est de constater que les forces de désunion sont en marche : non seulement les ténors ont appelé à voter Macron, mais l'UDI a pris une position ambiguë vis à vis d'Emmanuel Macron. 

Une France divisée et radicalisée

En outre, Jean-Luc Mélanchon et Marine Le Pen ont consolidé leurs poids dans les Yvelines. Le Mantois est en passe de devenir "insoumis" avec des scores incroyables à Mantes-La-Jolie, Buchelay et Limay. Du côté de Rosny-sur-Seine, Mélenchon, Macron et Le Pen sont dans un mouchoir de poche. La 8e circonscription va être très disputée et le sortant Jean-Marie Tétart a eu le tort d'avoir lâché le candidat Fillon lors de l'affaire Pénélope. Aux Mureaux, Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête avec 36,57 % des suffrages suivi par Emmanuel Macron, loin derrière avec 22,81%. En revanche, Marine Le Pen n'a atteint que 14,08 % et Benoît Hamon avec le PS est laminé avec 9,70 %. Le FN a revendiqué une progression de près de 10% par rapport aux résultats de 2012 : Marine Le Pen a remporté la première place dans 54 communes sur les 262 que compte le département, principalement dans les 8e et 9e circonscriptions. Dans les Yvelines, le vote FN est légèrement supérieur à celui de l’Île-de- France mais en deçà du score national. Les autres communes du nord des Yvelines se sont "macronisées" sauf Orgeval, Villennes et Verneuil-sur-Seine.

Il n’en reste pas moins que la France (en particulier, dans le déprtement des Yvelines) sort divisée et radicalisée de cette élection, au point stupéfiant que Jean-Luc Mélenchon a choisi de banaliser le Front National en ne prenant pas clairement position contre sa candidate au second tour. Un autre signe que les changements d'ère et d'air sont en marche !

J'accuse

J'accuse Nicolas Sarkozy, j'accuse Alain Juppé, j'accuse Jean-François Copé, qui par leur tiédeur délétère, ont "savonné la planche" au candidat démocratiquement choisi par les électeurs de droite !

Messieurs, si vous estimiez que François Fillon, à cause de l'impact des prétendues affaires, faisait courir un risque aux idées de droite, vous auriez dû, pendant qu'il en était encore temps, préparer un plan B auquel - je suis sûr - M. Fillon se serait rangé sans sourciller, car il est un soldat fidèle et loyal.

Non ! Au lieu de cela, vous l'avez laissé aller au casse pipe, gardant un silence coupable, sans un mot de soutien et d'encouragement, par lâcheté, et parce qu'aucun d'entre vous n'avait le courage de mouiller la chemise !

Vous savez quoi ? C'est vous qui êtes finis, politiquement ! Fillon a montré à tous son courage, sa résilience, son calme, ses capacités de chef. Vous, vous êtes montrés pour ce que vous êtes : des lâches ! Vous avez sabordé votre propre parti, vos propres idéaux, par ambition personnelle, mais nous, nous n'oublierons pas !


Ne venez pas vous représenter devant nous, vous n'aurez pas nos voix.
Place aux autres, aux jeunes, aux fidèles, aux battants, à ceux qui ont montré ce qu'ils valaient face à l'adversité. Nous les connaissons désormais. Ils se reconnaîtront.

Gilles Muller de Vernouillet


Notes

1. LES RÉSULTATS OFFICIELS :

Emmanuel Macron : 23,75 %
Marine Le Pen : 21,53 %
François Fillon : 19,91 %
Jean-Luc Mélenchon : 19,64 %
Benoît Hamon : 6,35 %
Nicalas Dupont-Aignan : 4,75 %
Participation : 78,69 % contre 80,42 % en 2012

 

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