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Commerce local

La fuite en avant... et l’intrigue immobilière à Triel

Par: 
Rodrigo Acosta et correspondants

La crise économique est la toile de fond d'une affaire commerciale à Triel-sur-Seine qui tourne à la caricature de la fuite en avant. Deux commerces illustrent cette problématique.

Au 228 rue Paul-Doumer à Triel, le commerce "Au bonheur des saveurs" avait été lancé en 2013 avec beaucoup d'enthousiasme  et un nom à l'américaine Chicken burger ; la petite entreprise, gérée par Monsieur B. et ses deux fils, avait fait des travaux pour servir un jeune public triellois. Ils allaient "révolutionner" le commerce local. Par la suite, le père a loué un bâtiment au 224 de la même rue, devenu par la suite l'annexe dite L'Atelier. Monsieur B vendait du poulet rôti, des sandwiches à l'américaine et du couscous. Ce fourre-tout culinaire se voulait en phase avec la clientèle trielloise.

Au départ, Monsieur B avait des objectifs louables : faire marcher l'économie locale, créer de la richesse et embaucher du monde. Ainsi, il a avait envisagé d'installer une épicerie fine dans le local annexe. Malgré les travaux entrepris, notamment après l'autorisation de mettre une porte donnant sur la rue adjacente, l'idée de l'épicerie fine avait été rejetée par les autorités compétentes et puis abandonnée par l’intéressé ! Le centre-ville aurait-il pu faire vivre une deuxième épicerie, fut-elle fine ?

Entre-temps, Monsieur B avait trouvé une locataire et décidé de sous-louer le local du 224 rue Paul-Doumer pour qu'il devienne L'Atelier. Ce dernier appartient à une Trielloise qui opère dans le secteur de la décoration intérieure depuis quelques années. Rapidement, en 2015, elle a pris ses quartiers à l'Atelier et l'a embelli. Cela a donné un certain charme au centre-ville de Triel, qui était devenu antinomique de la gastronomie avec son "boulevard des Kebab" (sic).

Pour la rôtisserie "Au bonheur des saveurs", les affaires ne tournaient pas rond. D'abord, certains voisins ont signalé que le système d'évacuation de la cuisine n'était pas aux normes ; des services d'hygiène ont mis le nez dans l'affaire et ont demandé des travaux de mise en normes. En raison du ralentissement de la conjoncture, Monsieur B. ne pouvait payer ses loyers, accumulant des retards. La propriétaire du 228 a envoyé des huissiers, tandis que celui du 224 était venu plusieurs fois "récupérer" son argent. Ce fut sans succès car Monsieur B. a accumulé un an de retard dans le premier cas et "plusieurs mois" dans le deuxième. En outre, la question de la sous-location de L'Atelier, devenait extrêmenent complexe,  à tel point que la commerçante a décidé de partir d'une manière inopinée vers la mi-décembre. "Monsieur B. a sous-loué par l’intermédiaire d'une agence immobilière", a expliqué cette commerçante, mais elle a soupçonné Monsieur B. de participer à "une intrigue immobilière".

Interrogé par le J2R, le vrai propriétaire du local du 224, Monsieur G., a confirmé que Monsieur B. "avait du mal à payer ses loyers". Le propriétaire avait, à juste raison, pris une assurance pour se prémunir des éventuels impayés.

Non seulement l'intrigue immobilière continue, mais la crise s'éternise. Selon les chiffres de Procos (1), la moyenne des commerces de centre-ville finit le mois de décembre à - 1,0 % (- 1,1 % pour les boutiques de rez-de-chaussée et - 0,9 % pour les galeries marchandes). Ces mauvaises performances, notamment des sites parisiens et niçois, dues à la chute du tourisme, affectent l’ensemble des résultats.

"Toutefois certains centres-ville parviennent à bénéficier du rebond d’activité observé", a conclu la note de conjoncture de Procos, mais pas à Triel-sur-Seine. L'état de son centre-ville a empiré non seulement par la déliquescence commerciale, qui est structurelle, mais par l'intrigue immobilière de certains commerçants qui professent un goût pour la fuite en avant avec des conséquences lourdes dans les années à venir.

Note

1. Fédération pour l'urbanisme et le développement du commerce spécialisé.

 

V191216

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