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Subversion démocratique

"Vendons les Parisiens !", un livre décapant

Par : 
Rodrigo Acosta

Dans une période inextricable de la vie politique française, Didier Picot (diplômé de HEC) tente de nous expliquer pourquoi nous sommes dans l'impasse en prenant le cas du projet "d'intérêt national" LGV Bordeaux-Espagne. Certes, l'auteur pose de vraies questions mais il va trop loin avec sa méthode "décapante" qui exhume les vielles pratiques poujadistes des années de l'après-guerre. 

Didier Picot, élu de base dans une ville de dix mille habitants, se veut percutant dans son premier livre, qui présente les résultats d’une enquête réalisée dans le cadre de la LGV (ligne à grande vitesse) Bordeaux-Espagne, initiée par Réseau Ferré de France (RFF), devenu SNCF Réseau, l’Etat français et les collectivités territoriales des régions Nouvelle Aquitaine et Occitanie. En juin dernier, ce projet a été déclaré d'utilité publique par le Gouvernement malgré les critiques de la Cour des comptes et l'avis négatif de la Commission d'enquête publique chargée du dossier. Didier Picot écrit : 
« En résumé, le réseau ferroviaire existant entre Bordeaux et l’Espagne ne sera pas saturé avant cinquante ans et le temps de parcours y est et y sera le même qu’avec une LGV.»  
« Ce projet n’a aucun sens technique, commercial, économique ni environnemental et, en prime, il est en infraction avec les lois votées par l'Assemblée nationale.»  
« Les hauts fonctionnaires de RFF sont confrontés à une sournoise absence de problème ferroviaire entre Bordeaux et la frontière espagnole.
 »

Si Didier Picot, qualifiant le projet de « sympathique escroquerie », est un homme informé et engagé, il se veut un citoyen responsable et une plume avec des idées, un cerveau et un sens de la formule, en s'appuyant sur ses lectures de Bordieu, Weber, Coluche etc.


"Un ver solitaire"

Mais il va plus loin dans sa critique du système d'entre-soi, une élite française qui a perdu contact avec la France qui travaille, souffre et qui est tentée par les extrêmes, notamment  par le Front national. Cette élite, à laquelle l'auteur donne le sobriquet de "Parisiens", est "l'ensemble des femmes et des hommes, élus et non élus, à Paris et en province, qui exercent les pouvoirs exécutifs, administratifs, législatifs, judiciaries et contrôlent les contre-pouvoirs" que sont les corps intermédaires. Pour l'auteur, il s'agit de l'élite politique, médiatique et intellectuelle qui dirige la France. Dans une logique d'entre-soi, ces "Parisiens" font et défont les règles de la République pour leur propre intérêt ; ils se servent de l'intérêt général pour faire avancer leur intérêt de caste, de clan ! Au fur et à mesure qu'il avance dans le livre, Picot cogne contre les "Parisiens" et conteste le sens qu'ils donnent à l'intérêt général.

En utilisant le cas du projet LGV Bordeaux-Espagne, M. Picot s'est rendu compte que "les Parisiens" se sont octroyés le droit divin même s'ils n'ont aucune compétence en matière économique. Dans son rôle d'élu local au Pays basque français, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, M. Picot s'est heurté au mur "Parisien". Avec d'autres élus, il a été reçu en 2013 par le préfet de la région Aquitaine à Bordeaux. Les élus lui ont présenté une étude professionnelle sur une alternative à la LGV qui atteignait les mêmes objectifs et coûtait six fois moins cher. Le préfet les interrompant, leur a dit : « Vous n’êtes pas audibles.» (sic) Ce sont ces cinq mots, «incompréhensibles sur l'instant », qui ont déterminé la motivation de Didier Picot à se lancer dans l’écriture de son premier essai. Il explique : « J’ai voulu comprendre par quelle construction intellectuelle et idéologique, par quelle construction politique, notre employé, le préfet, peut dire aux représentants des Français qu'ils n'ont pas le droit de réfléchir, ni de proposer des solutions sur un sujet qui les concerne avant tout. » Impitoyable, Didier Picot conclut que les "Parisiens sont inaptes et ineptes" pour aménager, gérer la France. Sans gêne et sans peur de diffamer, il les traite de "ver solitaire" (page 85) de la France, organisme malade de son élite.

Avidité et cynisme

Dans "Vendons les Parisiens", l'auteur affirme et démontre  pourquoi les "Parisiens", qui ont actuellement le pouvoir en France, sont des freins pour le pays. Parmi d'autres amabilités, "les Parisiens" sont des eunuques de l'économie, des hommes sans foi ni loi etc. L'auteur, par ces critiques acerbes, perd un peu de crédibilité, voire de légitimité car le comportement de ces "Parisiens" reflète l'avidité généralisée et le cynisme de nos compatriotes. Il est facile de stigmatiser et de dire que les 5 millions de fonctionnaires-élus, qu'il nomme les "Parisiens", sont les seuls responsables de notre mal français. Au contraire, le livre de Didier Picot tombe dans une sorte de poujadisme light qui dessert son diagnostic.

Pourquoi devient-il difficile pour les Français de faire confiance à l’élite de la politique ?  Pourquoi les Français ne croient-ils plus à la politique ? Pourquoi, leur est-il dit et souvent répété que la France est impossible à réformer ? Ces questions  sont, entre autres, à poser à tout le monde. Enfin, dans le dernier chapitre, Didier Picot propose de vendre les "Parisiens" à l’international par le biais d’un appel d’offres pour que les Français puissent à nouveau négocier leur position, toujours enviable selon l’auteur, avant que les dirigeants de la France n’abdiquent une nouvelle fois la souveraineté nationale. En lisant cet ouvrage, personne ne voudrait payer un kopek pour ces cinq millions de "Parisiens". Alors allons-nous les brader ?

Vendons les Parisiens ! est un livre didactique, amusant, contenant des déroulés de l’histoire de France, une liste des problèmes auxquels les Parisiens n’ont plus à faire face, dont celui de la dette publique), ; il est étayé par de nombreuses citations : Pierre Bourdieu, Coluche, Charles de Gaulle, André Comte-Sponville, Gérard Depardieu, Albert Einstein, Friedrich Hayek, Jean Jaurès, Jean Peyrelevade, Stanislas-André Steeman... Cet ouvrage commence fort mais il se délite, comme la pensée dominante, dans la période trouble dans laquelle nous vivons.

Où trouver les points de vente de cet ouvrage :

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