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Handicap et citoyenneté

Etre sourd et citoyen, où en sommes-nous depuis 1991 ?

Par : 
Yoarashi

Plus de vingt ans après les premiers pas vers un semblant d'équilibre des droits et des chances entre sourds et entendants, peut-on véritablement parler de progrès social ?

Autorisée depuis la loi Fabius de 1991 et reconnue comme une langue à part entière en 2005, la Langue des Signes Française (LSF) ne cesse de se développer depuis, mais non sans rester dans l'ombre de sa jeunesse. Avec seulement 100 000 locuteurs (en 2014) en France, soit environ un français sur 660, la communication entre sourds-muets et entendants reste une question en suspens. Il ne suffit pas de regarder là où l'on peut tendre la main.

Dans son livre paru en 2015, La parole par les mains, Sadik Cassim s'exprime sur l'acquisition du langage chez le jeune sourd en milieu scolaire avant 1991, période pendant laquelle la LSF était proscrite. Il y est question de tout ce que peut se demander un jeune homme, depuis son adolescence à ses années post-bac, de tout ce que la surdité altère et rend plus complexe. De la place d'un sourd dans sa famille à ses relations dans le monde professionnel, en passant par la compétition scolaire et les clivages entres sourds et entendants, ce récit ne manque pas de pointer les écarts sociaux que peut creuser un handicap, une différence. C'est un autre cri, une autre mouette sur la houle bruyante et sourde qui cherche à s'extirper de la solitude.

Le cri de la mouette d'Emmanuelle Laborit parlait déjà en 1994 de cette dichotomie sociale, des mêmes difficultés à surmonter et des droits pour lesquels elle s'est battue. Une lutte qui s'est faite dans les rues et les médias, une lutte dont on veut voir pousser les fruits dans les écoles, les institutions et les consciences. Vingt ans plus tard, beaucoup de choses ont changé mais il reste encore plus à faire ! Peut-être faut-il revoir les méthodes d'enseignement du français aux sourds, peut-être faut-il sensibiliser les entendants à la communication gestuelle, trouver une solution pour que tous nous ayons les mêmes chances et le droit aux mêmes espoirs.

Samedi 24 septembre, à l'occasion de la Journée mondiale des sourds, 500 personnes ont défilé dans les rues de Montpellier afin de revendiquer leur statut de communauté linguistique et leurs droits en tant que citoyens français. Il faut espérer que cela n'est qu'un début pour la revendication et la reconnaissance de l'identité sourde dans notre pays et, espérons-le, plus largement dans le monde.

 

V091016

 

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