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Patrimoine local

Visites du patrimoine de notre territoire : deux journées bien occupées

Par : 
Michel Kohn

A l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, nous vous avions invités à découvrir le patrimoine de la partie est de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise. Le rédacteur de cet article, très impliqué sur ce sujet, l'a fait de manière très intense et relate ses visites à Poissy, en face à Carrières-sous-Poissy, en aval de la Seine à Meulan-en-Yvelines et, en amont, à Conflans-Sainte-Honorine.

Nous avons pu participer à trois balades guidées, dont l’une nocturne aux lampions, une promenade libre, une croisière sur la Seine et l’Oise, une visite d’une entreprise artisanale, des démonstrations des métiers des bâtisseurs médiévaux, accompagnées d’une dégustation de mets de leur époque. 


PREMIER JOUR

La journée de samedi, consacrée à trois marches, dont l’une assez longue, mais avec de nombreuses haltes, nécessitait une bonne condition physique mais elle a été variée et intéressante. Une quarantaine de personnes ont pris part à chacune de ces balades.
 

Visite du Parc du Peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy

Nous étions guidés par deux jeunes femmes, participant au projet, l’une pour la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise, l’autre pour le Conseil départemental des Yvelines. La première a brièvement présenté, au moyen de cartes, l’évolution de ce lieu de la plaine des Grésillons dans le passé (ferme, hippodrome du château Vanderbilt, carrières...) ; la deuxième a expliqué les aménagements réalisés ou prévus.
 
Nous pensions trouver une réalisation achevée, l’ouverture ayant été annoncée pour le mois d’octobre ; elle n’aura lieu que l’année prochaine, peut-être en mai à l’occasion d’une fête de la nature. Malheureusement, le “peuple” attendu n’a pas encore pu s’y installer, l’herbe n’ayant pas été semée. Les insectes n’ont pas encore emménagé dans leur maison, un beau bâtiment de bois, dont les architectes se sont inspirés des maisons flottantes de l’étang de la Galiotte. La visite nous a, toutefois, donné une bonne idée du chantier.
 
L’observatoire est construit mais son accès a été interdit, suite à des dégradations. Une éventuelle clôture complète du parc ne sera pas réalisée pour des raisons de coût excessif et de doutes sur son efficacité. On pourra y observer les oiseaux qui y seront nombreux ; espérons qu’ils ne se nourriront pas rapidement de toutes les espèces d’insectes. Quant aux arbres, ils ne sont pas encore très grands.
 
Des peupliers disparus et regrettés

Nous ne partageons pas les arguments qui ont justifié l’abattage de la rangée de peupliers en bonne santé qui, ornant la rive de la Seine depuis une quarantaine d’années, étaient particulièrement visibles de l’île de Villennes : ils n’auraient pas correspondu à la nature du parc ; leur système racinaire était invasif ; ils auraient pu tomber sur des promeneurs.

Ces arbres faisaient partie d enotre patrimoine !

Le point fort de la visite : l’aménagement de la rive de la Seine
 
La crue de la Seine a justifié une partie du retard du chantier. Néanmoins, des plantes aquatiques ont été replantées. Espérons que le solarium sera équipé, en été, de coussins, afin que le caractère inconfortable des planches de bois ne limite pas son utilisation !

Balade dans l’ancien village de Carrières-sous-Poissy

La promenade a été guidée et commentée par Philippe Honoré, membre du Cercle d’Etudes Historiques et Archéologiques, association active non seulement à Poissy mais également dans cette ville voisine ; il présente, également, le passé de sa ville dans le cadre de Carrières-sous-Poissy Histoire sur un site Internet (http://philgene.free.fr/) et une page Facebook (https://www.facebook.com/carrieresh...). Issu d’une famille d’agriculteurs implantée depuis longtemps à Carrières, il en connait très bien l’histoire. Le maire, Christophe Delrieu, était présent et a participé à l’animation de la balade, en racontant quelques anecdotes historiques.
 
L’urbanisation de la ville fait parfois oublier son patrimoine ancien. Quatorze haltes en ont présenté divers aspects. La balade a donné conscience de la faible distance qui sépare le cœur du village, autour de l’église Saint-Joseph, de la Seine, où nous sommes allés jusqu’à l’ancienne écluse. Bien que passant souvent en bord de Seine, beaucoup n’avaient pas eu l’occasion de mettre les pieds sur l’île de la Dérivation, en franchissant la passerelle ; il faudra y revenir pour une visite plus complète. Nous y avons rencontré des habitants qui, comme dans le domaine de Physiopolis à Villennes, transportaient, dans une brouette, leurs provisions alimentaires. Le château de Champfleury, qui accueille aujourd’hui des familles en difficultés, mérite d’être connu. Malheureusement, une barre de logements ne permet plus, depuis sa terrasse, une large vue sur la vallée de la Seine.
 
Le point fort de la visite : l’entrée d’une ancienne carrière
 
Grâce à l’accord des propriétaires et aux lampes apportées par le maire (celles obligatoires pour les élections), nous avons pu avoir un aperçu de l’une des nombreuses exploitations du sous-sol pour la production de moellons ; celles-ci, qui avaient donné leur nom à la ville, ont servi de refuge pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Balade nocturne aux lampions dans l’ïle du Fort à Meulan-en-Yvelines

Cette visite, qui s’est déroulée malgré la pluie heureusement peu forte, a été guidée par Madeleine Arnold-Tétard, ancienne archiviste de la ville de Meulan ; elle est aujourd’hui l’auteure de nombreux ouvrages historiques et publie un blog (http://histoiremantois.canalblog.com/...). Elle était assistée par son époux Christian Tétard, peintre, photographe et éditeur de la revue Art, artistes et patrimoine, et par Martine Poncet, adjointe au maire, déléguée à la culture et aux affaires générales.
 
Après que chaque participant ait été muni d’un lampion, Madeleine Arnold-Tétard nous a lu un conte qu’elle a écrit : les souvenirs du petit pont, le Pont aux Perches, qui conduit à l’île du Fort, constituant le cœur historique de la ville. “ Cette petite île enclavée sur la rivière de Seine entre Meulan et les Mureaux et qui fut jadis appelée l'île du long Boël et devint l'île du Fort sous Du Guesclin au XIVe siècle. Lieu de hauts faits de l'histoire de cette jolie bourgade, habitat des notables qui ont fait son histoire, mais aussi de tout un petit peuple besogneux, des maîtres de ponts, des pêcheurs, du terrible gardien de la prison de la ville, et puis également du majestueux Prieuré Saint-Nicaise, dépendant de l'Abbaye du Bec Helluin.
 
Le point fort de la visite : l’ancienne demeure du général Létang
 
Nous avons pu entrer dans la cour de la très belle ancienne maison d’un général d’Empire. Né et enterré à Meulan, il a institué l'élection annuelle d'une rosière ; celle-ci, choisie parmi les jeunes filles pauvres de la ville, était dotée d'une rente destinée à récompenser son mérite. Nous avons  traversé la maison pour voir son jardin au bord de la Seine. Le sympathique propriétaire actuel de la maison nous y a raconté l’histoire de la vigne qui permettait de produire, jusqu’en 2014, une centaine de litres de vin par an.
Remerciements et conseils aux organisateurs des balades du patrimoine

Ces trois promenades, dont l’une moins historique que les autres, ont été intéressantes. Nous remercions les organisateurs et les animateurs. Nous nous permettons, toutefois, quelques suggestions en fonction de l’expérience de notre association pour l’organisation de telles balades historiques, diurnes ou nocturnes.

- Les visites de propriétés privées

Les participants peuvent être très reconnaissants envers les propriétaires de lieux privés, qui ont permis d’y accéder (l’entrée de la carrière à Carrières, la maison du général à Meulan). Les visites de ce type, non habituellement possibles, doivent être privilégiées pendant les Journées du Patrimoine.

- La durée des balades

Même s’il y a la matière pour des visites intéressantes, leur durée ne devrait pas dépasser deux heures. A Carrières-sous-Poissy, la visite de l’ancien village a duré plus de trois heures tandis qu’après la balade dans l’île du Fort les participants étaient invités à rejoindre le domaine Berson : un ancien relais de chasse, devenu une maison de retraite religieuse puis l’actuelle médiathèque municipale.

- La présentation d’images

Des photos, des images de plans et des représentations par des gravures ou des peintures peuvent souvent, mieux que des mots, évoquer le passé. Des plans et des illustrations nous ont été montrées dans le Parc du Peuple de l’herbe et dans l’île du Fort. En plein jour, il est très difficile de présenter de tels documents à un groupe d’une quarantaine de personnes ; c’est pratiquement impossible la nuit, même à la lumière de lampions. La solution est de faire une vidéoprojection dans une salle avant de commencer la balade.

- La sécurité des lampions

Deux balades nocturnes, dans le hameau de Breteuil et dans le centre de Villennes, nous ont montré l’intérêt des lampions électriques ; un peu plus chers que les lampions classiques, à bougie, utilisés à Meulan, ils ne résistent pas plus à de fortes pluies mais il présentent moins de danger et sont réutilisables. Nous remercions, sincèrement, le propriétaire de la maison du général Létang, dont la traversée n’était peut-être pas prévue ; des lampions sans flamme auraient été préférables pour une meilleure sécurité, plutôt que ceux qui avaient été allumés dans la salle de la mairie où les participants avaient été accueillis !
 


DEUXIEME JOUR

Toute l’année, des visites de la distillerie du Noyau de Poissy et des croisières sur la Seine sont proposées ; il nous a, toutefois, fallu l’opportunité des Journées du Patrimoine pour trouver le temps et prendre la décision d’y participer (gratuitement). Ces journées ont été, à Poissy, le cadre d’une évocation des bâtisseurs du Moyen-Âge, à l’occasion de la célébration du millénaire de la Collégiale. Deux visites et une croisière fluviale, suivie d’une balade dans Conflans-Sainte-Honorine, ont occupé notre deuxième Journée du Patrimoine, le dimanche.

Visite de la distillerie du Noyau de Poissy

Nous avons été accueillis dans la salle de distillation par la responsable de cette entreprise artisanale pisciacaise ; avec un discours compréhensible par les jeunes présents et parfois truculent, elle nous a d’abord raconté la longue histoire du Noyau de Poissy.

Cette spécialité, réalisée à partir d’amandes de noyaux d’abricot sauvages, aurait été inventée, en 1698, par une aubergiste qui vendait sa liqueur aux vendeurs de bestiaux et leurs acheteurs, les jours du marché. Une longue querelle opposa, au XIXe siècle, la famille Dumont, qui produisait, à partir de la recette d’origine, le ”véritable Noyau de Poissy”, ambré, et la famille Duval, qui vendait le “vrai Noyau de Poissy”, incolore ; elle tenait sa recette d’un prédécesseur qui avait eu l’idée de fabriquer cette liqueur et de déposer la marque. Un accord entre les descendants mit fin à la guerre des noyaux avant la reprise de l’ensemble par Joseph Duval.

Depuis 1999, l’entreprise appartient à la société Pagès Védrenne, qui mettait en bouteilles ses deux liqueurs et l’a aidée à en élaborer une troisième, en améliorant une recette ancienne, à base d’amandes de noyaux de prunelles, non exploitée : la Liqueur de Paris.

Fabienne, la sympathique responsable de la société et animatrice de la visite, a ensuite présenté le procédé de fabrication, en expliquant la fonction de chaque appareil utilisé pour la distillation, avant de nous inviter à une dégustation, en quantité modérée, des trois liqueurs.

Cette visite a été très instructive, complétée par un agréable moment gustatif. Pour en savoir plus : http://www.noyaudepoissy.com/.

L’évocation des bâtisseurs médiévaux de la Collégiale

C’est de l’hypocras que nous avons ensuite pu déguster, pendant un repas médiéval : un vin sucré au miel et aromatisé avec des épices, proche de la sangria. Auparavant, nous avons parcouru les diverses animations qui étaient proposées d’un côté de la Collégiale.

Les divers corps de métiers qui ont œuvré à la construction de ce bâtiment, il y a mille ans, y étaient présentés : charpentiers, cordistes, forgerons, tailleurs de pierre, sculpteurs... Les personnes faisant des démonstrations et initiant des enfants à la sculpture sur pierre étaient habillées à la mode médiévale ainsi que les cuisiniers et les aubergistes de la taverne.

Sur deux murs de la Collégiale, un échaffaudage avait été dressé et deux poutres avaient été installées pour soutenir une nacelle de bois, tandis qu’une grue à “cage d’écureuils”, mue par des visiteurs, soulevait de lourdes pierres.

Notre repas à la taverne était moins copieux que le banquet médiéval de la veille. L’organisation était très bonne, contrairement à la plupart des repas proposés lors de fêtes en plein air, les clients étant appelés lorsque les repas commandés étaient prêts. Nous avons dégusté plusieurs spécialités cuites devant nous, sur un feu de bois avec les ustensiles de l’époque. Il y avait principalement des tartines, dont l’une de porée, à base de poireaux. Les poires à l’hypocras étaient très proches de nos poires au vin !

Sécurité ?

Il n'y avait pas d'arbalètes ni d'autres armes, pour protéger les bâtisseurs de la Collégiale. Un point était, toutefois, étonnant : alors que le lieu était clos par des barrières et que des vigiles complétaient la police municipale pour contrôler les sacs des visiteurs, plusieurs haches exposées, très aiguisées, sont restées longtemps sans surveillance.

Croisière sur la Seine et l’Oise, à Conflans-Sainte-Honorine

Trois croisières étaient proposées au cours de l’après-midi. Nous nous sommes embarqués, avec une demi-heure de retard, pour la dernière qui a pu durer plus longtemps que les autres. Ce délai nous a permis de lire les intéressants panneaux qui ont été installés de part et d’autre de l’embarcadère par le Musée de la batellerie et des voies navigables.

La croisière était commentée par une femme prénommée Fabienne comme la première de mes guides de la journée ; membre de l'association Conflans à travers les âges, elle collabore avec l’Office de tourisme de Conflans. Elle avait une élocution lente, comme pour les prêches dans les églises, vraisemblablement pour être bien entendue ; sa voix, amplifiée et diffusée par des haut-parleurs, résonnait au passage des ponts. Elle nous a décrit ce que nous voyions sur les rives de la Seine puis de l’Oise : les monuments, les installations portuaires et industrielles, quelques villas.

Nous avons pu ainsi, sous un ciel clément, avoir un meilleur aperçu de la confluence.

Balade dans les ruelles de Conflans et dans le parc du Prieuré

N’ayant pas marché, comme la veille, nous avons prolongé notre séjour dans cette ville à l’histoire remarquable, au confluent des deux cours d’eau qui justifient une partie du nom de notre communauté urbaine.

La partie ancienne de Conflans-Sainte-Honorine est beaucoup plus étroite et escarpée que celle d’Andrésy, de l’autre côté de l’Oise. Plusieurs peintres y ont posé leur chevalet mais ses activités de transport et de déchargement de matériaux et le manque d’espace au bord de la Seine ont moins attiré les Parisiens pour y construire une villa.

Nous avons parcouru ses ruelles, en gravissant ou en descendant de nombreuses marches. Nous avons marché dans le beau parc où se trouve l’ancien château Gévelot, qui abrite le Musée de la batellerie, sans avoir le temps de le visiter. Par contre, nous avons pu voir l’église Saint-Maclou, ouverte pour les Journées du patrimoine.

Nous aurons souvent, l’occasion, de revenir à Conflans-Sainte-Honorine dans les prochains mois. En effet, cette balade constituait la première reconnaissance pour le cinquième rallye pédestre des 2 Rives de Seine (& Oise) que notre association, ACV, la mémoire de Villennes, proposera en mai prochain, avec l’association Conflans à travers les âges et le Club Historique d’Andrésy.

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